L’addiction à la violence, comment ça fonctionne ?

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Comment la violence peut conduire à une véritable addiction ? Suivons la théorie des 3 systèmes de motivation de Catherine et Daniel Favre pour comprendre ce problème et ouvrir des pistes pour le prévenir. Et si la sécurité affective et la motivation étaient la clé ?

Les 3 systèmes de motivation de Favre et Favre

On connaissait déjà les connexions entre addiction et violence, mais il est également possible d’être addict à la violence. C’est ce que propose d’établir ces chercheurs. En 1993, Daniel et Catherine Favre proposent un modèle décrivant 3 systèmes de motivation : la motivation de sécurisation, la motivation d’innovation et la motivation de sécurisation parasitée (ou addiction).

 

La motivation de sécurisation

Si ce système est prédominant pendant la petite enfance, il va néanmoins perdurer tout au long de la vie. Il a pour objectif d’assurer la sécurité biologique et psychologique. Elle va impliquer un élément externe sert à la personne de référence ou de récompense. Cela peut être le jugement de ses parents ou la reconnaissance des autres. On peut voir cela par exemple à la période de l’adolescence où les jeunes auront tendance à agir comme les autres pour se sentir acceptés. Cette motivation va rester centrer sur ce qui est déjà connu (les habitudes, la routine, les repères). C’est cette motivation qui poussera les jeunes à affirmer par exemple que les meilleurs plats sont ceux de leur mère. Aussi, à cette période, un jeune aura le sentiment de ne jamais vraiment être intégré à un groupe. Cela pourra le pousser à faire des choses qu’il ne fait pas d’habitude voire à commettre des délits. Ce besoin de sécurisation constant va parfois les pousser à prendre des risques. Ce sentiment d’acceptation va passer par le regard et l’approbation des autres. Une fois que les besoins biologiques et psychologiques fondamentaux sont satisfaits, à la motivation de sécurisation va succéder la motivation d’innovation.

 

La motivation d’innovation

Elle se développe pendant l’enfance et devient prépondérante lors de la période de l’adolescence. On peut comparer ce système aux théories humanistes et notamment au besoin d’accomplissent défendu par Maslow). Il a pour but de permettre de retirer du plaisir en gagnant en autonomie (qu’elle soit physique, intellectuelle ou affective). Cette fois-ci, plus besoin de reconnaissance externe, la ressource proviendra de la personne elle-même. Le fait de prendre du plaisir ou de donner un sens à ce qu’il fait lui servira de récompense à lui-même. On peut vois cela chez un ado qui aimera beaucoup la lecture ou qui essaiera de se dépasser dans ses apprentissages. C’est la nouveauté et la découverte qui est le moteur de la motivation d’innovation. Cela peut se traduire par des envies de voyager, de rencontrer des nouvelles personnes ou d’apprendre des choses. Pour reprendre l’exemple de tout à l’heure, il ne se satisfera plus seulement du repas de sa mère mais ira chercher à découvrir de nouvelles saveurs Ce système inclut également la prise de responsabilité et le fait de faire attention aux autres. Cette soif d’apprendre et de découverte s’auto-nourrit, poussant l’ado à toujours chercher à en apprendre davantage au lieu de passer à autre chose. La curiosité s’alimente alors toute seule. On voit alors la détermination entrer en œuvre à cette période. Ce système a enfin de nombreuses répercutions très positives chez l’ado comme le développement de la persévérance, la réussite scolaire ou encore le bien-être personnel.

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Le chemin vers l’addiction

Dans la théorie de Favre, les ados doivent passer par le premier système pour pouvoir accéder au second. En effet, ils devront être suffisamment sécurisés pour déclencher la motivation. Les besoins biologiques mais aussi d’acceptation et d’estime de soi sont pourtant difficiles à être satisfaits chez les adolescents. Ils doivent avoir pu intérioriser l’amour et l’estime reçus des adultes. Si ce n’est pas le cas, alors le 3em système de motivation peut être activé : la motivation de sécurisation parasitée. Il s’agit d’une forme exagérée du 1 er système. On va donc retrouver des critères identiques mais de façon exacerbée. On retrouvera donc un ado comme coincé en phase de motivation de sécurisation. Il va donc faire les choses uniquement si elles lui apportent la reconnaissance dont il manque. Ce schéma va l’amener à devenir complètement dépendant d’autrui. Pour certains élèves, un travail ne vaut d’être fait que s’il est noté. Ainsi, ce type de motivation est incompatible avec la motivation d’innovation. Ces jeunes n’iront pas chercher de la nouveauté dans leur vie, ils vont au contraire devenir très dépendants à ce qui est déjà connu. Ceci pourra les pousser à refuser de faire certains exercices qu’ils ne connaissent pas, réclamant sans cesse ceux qu’ils ont l’habitude de faire. C’est cette volonté d’en avoir toujours plus sans jamais vraiment être satisfaite qui va entraîner une addiction. Cela peut être le besoin permanent d’attention ou d’encouragement de leurs profs ou le nombre d’amis sur Facebook. La présence de ce 3em système caractérise les adolescents les plus en difficulté.

En résumé, le besoin de sécurité doit être satisfait pour déclencher la motivation d’innovation, car lorsqu’il n’est pas satisfait, cela engendre l’addiction à certains comportements.

 

La violence

Lorsqu’un ado vit dans un sentiment d’insécurité, cela va se traduire par des symptômes psychologiques anxieux et dépressifs. Le manque de reconnaissance engendre tout naturellement une dévalorisation de soi qui sera à l’origine de ces symptômes. Selon une étude menée par Favre en 2007 (lors de laquelle il étudie un groupe de collégiens violents), la violence pourrait être interprétée comme une tentative de rétablir un sentiment de sécurité. En effet la violence permettrait à des jeunes chroniquement insécurisés de se sentir puissants en rendant l’autre faible, impuissant ou mal à l’aise. La violence agirait ainsi comme un anxiolytique et serait une addiction. Elle répond en effet aux critères de Goodman pour caractériser une addiction liée à un comportement : violence irrésistible, tension avant le comportement violent, plaisir et soulagement pendant le passage à l’acte, sentiment de perte de contrôle, forte occurrence des comportements violents, retentissement important dans la vie sociale, conséquences négatives, tolérance ou aggravation de l’intensité de la violence, dépendance à la violence, durée importante, etc.

Partant de ce constat, en considérant la violence comme une addiction et comme la conséquence de ce 3em type de motivation permettrait de trouver des pistes de prévention de la violence au collège.

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Comment prévenir la violence des adolescents

Si l’on parle d’addiction concernant la violence, la réponse serait peut-être d’envisager son traitement comme un sevrage. Il faudrait alors prendre du temps et renforcer les motivations de substitution. 2 propositions existent :

Il faudrait prendre en compte les besoins de sécurité qui, n’ayant pas été satisfaits, ont conduit à l’addiction. Favre propose de partir du postulat de cohérence (inspiré de la notion d’acceptation inconditionnelle de Rogers) suivant : « chacun a de bonnes raisons de penser ce qu’il pense, de dire ce qu’il dit, de faire ce qu’il fait, et surtout, de ressentir ce qu’il ressent ». Cela permet de mettre du positif dans la considération de ces ados, même dans leurs comportements violents. Faire sentir aux ados violents qu’ils sont acceptés par les éducateurs permettrait de les sécuriser. Cela les aiderait à se sentir reconnus en tant que personnes et favoriserait leur construction. Dans ces conditions, il est totalement prohibé d’exclure ces ados d’une quelconque façon, car cela risquerait de réveiller leur peur de l’abandon. Les bienfaits de cette idée de mettre en place la sécurisation affective afin de réduire les comportements violents ont été démontrés par plusieurs études.

Une deuxième piste consisterait à s’appliquer à ne pas renforcer le fonctionnement de la motivation de sécurisation parasitée. Il faut être très vigilant envers les comportements qui sont récompensés de l’extérieur et repérer au contraire le plaisir et la prise d’autonomie chez l’ado. Il faut le laisser avancer par lui-même en sachant s’effacer peu à peu pour le laisser progresser dans cette voie. On va alors stimuler la curiosité et l’envie d’apprendre en prenant bien soin de ne pas récompenser la motivation d’innovation. Cela va passer par des activités ambitieuses présentés à l’ado comme des défis ou des projets. Il faudra également l’accompagner dans la détection du plaisir pris dans ces activités.

 

Pour éradiquer la violence chez les jeunes, Favre préconise donc de participer à la construction d’un sentiment de sécurité affective et de les accompagner vers le plaisir d’apprendre, de découvrir et de gagner en autonomie. Le simple fait de mettre en évidence les inconvénients de la violence ne suffira donc pas.

 

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