L’apotemnophilie, ou l’envie incontrôlable de vouloir être amputé.

Dans notre société actuelle, on cherche plus à modifier des choses dans notre apparence grâce à la chirurgie esthétique ou gommer les petits défauts. Mais aller jusqu’à s’amputer un membre est beaucoup plus rare et ne relève pas des mêmes mécanismes psychologiques. Obsession Addict vous en dit plus sur ce trouble bien particulier qu’est l’apotemnophilie.

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Quand on est obsédé par quelque chose, cela ne nous quitte plus. Cela tourne en tête, nous empêchant de dormir, et dans certains cas, nous causant de vraies douleurs psychologiques. C’est le cas de l’apotemnophilie.

L’apotemnophilie, véritable souffrance

La définition même de ce trouble est un « trouble neurologique caractérisé par le désir de se faire amputer d’un membre en bon état ». Pour être plus clair, les patients souffrant d’apotemnophilie tentent souvent de convaincre les chirurgiens de leur amputer un membre. Certains peuvent aller jusqu’à s’infliger une blessure pour provoquer la nécessité d’être amputé.

Bien que vous soyez en bonne santé, vous ne supportez plus un de vos membres ou organes, que vous considérez en trop et vous êtes véritablement obsédé par l’idée de vous en débarrasser. Rien que la simple vue ou pensée à ce sujet vous fait souffrir. La cause profonde de ce trouble est encore inconnue et si on le classe dans les troubles neurologiques, nous ne sommes pas certains que l’origine soit neurologique ou psychologique.

 

Traitée en psychiatrie

Pour la psychiatrie, l’apotemnophilie est actuellement classée comme trouble identitaire relatif à l’intégrité corporelle (TIRIC) mais la place de cette entité dans la nosographie (description et classification des troubles et des maladies) est encore sujette à controverse. Apparentée à la psychose, à la dysmorphophobie, à la paraphilie, aux perversions sexuelles, ou aux transsexualisme MtF (la liste est large comme vous le voyez), les spécialistes admettent que les évaluations psychiatriques ne mettent pas en évidence un trouble psychiques patents, névrotiques ou délirants.

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L’apotemnophilie, un trouble lié parfois à l’excitation sexuelle

Le terme « apotemnophilie » a été inventé en 1977 par Gregg Furth (psychanaliste jungien lui-même apotemnophile – ô surprise) et John William Money, pour désigner le désir d’être amputé d’une partie saine de son corps.

Comme c’est un cas plutôt rare, les études sur le sujet ne sont pas foison. Cependant, selon les scientifiques, il existe un déséquilibre entre l’image mentale du corps que l’individu atteint perçoit et le corps physique. Ce déséquilibre est caractérisé par un désir intense d’amputation d’un ou de plusieurs membres en bon état. La personne atteinte de l’apotemnophilie a parfois un sentiment d’excitation sexuelle lié au désir de perdre un membre.

Ironique, lorsque l’on sait que ce trouble appartient au fameux domaine de la paraphilie, et que dans ce domaine, on trouve aussi les abasiophiles (personnes étant excitées sexuellement par les personnes handicapées), les acrotomophiles (personnes étant excitées sexuellement par les personnes amputées) et les voraréphiles (qui sont excités sexuellement par l’idée de se faire manger ou manger leur partenaire), qui seraient probablement ravis de partager cette obsession, chacun y trouvant son intérêt. On parle aussi parfois d’amelotasis pour désigner les comportements fétichistes autour des personnes amputées.

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Des chiffres qui augmentent, l’impact des médias ?

Il faut admettre que ce phénomène est assez récent et explique peut-être que ce trouble semble apparaître seulement depuis quelques années. On peut également s’interroger sur le rôle des média (TV, Internet, … ) qui découvrent l’apotemnophilie et en parlent pour faire grimper leurs audiences (le plus souvent), mais qui ce qui pousse certains à s’interroger sur leur condition et à un phénomène d’imitation.

«Jamais on n’a entendu d’histoires pareilles. Ça a émergé au début des années 70 et 80, puis ça s’est mis à flamber au début des années 2000… Avec maintenant des centaines, voire des milliers de personnes, qui tchatent par Internet», explique le psychiatre Patrick Clervoy, historien de la médecine et auteur d’une des premières publications sur le sujet.

 

De plus en plus nombreux, on trouve aujourd’hui sur les plateformes vidéos, des témoignages, souvent avec les mêmes gestes et le même discours (corriger une anomalie anatomique, retrouver sa vraie identité). Il vous suffit de taper certains mots clés comme « amputé-e by choice » ou « BIID ».

Parce que la législation française fait tout pour vous en couper l’envie de vous amputer, les plus aisés iront en Grande-Bretagne, où un comité d’éthique étudiera leur cas, ou encore en Inde, aux Philippines ou en Thaïlande, où les chirurgiens font leur pub directement sur la Toile. Pour les autres, il y a la communauté : si Internet a vu fleurir les tutoriels beauté, il peut aussi vous apprendre à vous couper la jambe. On arrive directement à l’automutilation pour assouvir son désir.

 

Une amputation possible avec avis psychiatrique

Heureusement, si certains chirurgiens acceptent de pratiquer ces opérations, elles doivent toujours être appuyées par un avis psychiatrique. Il faut que la souffrance morale soit vraiment trop forte pour accéder à la demande. Il faudra alors prouver deux choses :

– l’échec à terme des prises en charge psychiatriques et psychologiques,

– que le patient est prêt à faire l’amputation lui-même ou mettre fin à sa vie.

Si on a encore peu de chiffres sur les personnes désirant se faire amputer, on peut constater néanmoins que 95% désirent une amputation d’un membre (le reste, un organe) et que 73% souhaiteraient que cela se fasse au dessus du genou.

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Source : ecoute-psy.comSputniknews

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